REHABILITATION D'UNE PRAIRIE



Cette note présente le bilan de l'aménagement de la parcelle dite, "les prés de l'Abîme", 4 ans après sa réalisation. La parcelle est située en fond de vallée, au bord de la rivière Agréau (voir carte 1, ci-dessous). Le terrain est en pente et possède des degrés d'humidité forts différents. Un gradient d'humidité s'étend du haut de la parcelle jusqu'à la rivière. On peut dire qu'elle possède à la fois des caractères secs, mésophiles et hygrophiles.

Cette parcelle a donc été traitée sous 2 angles différents : La gestion du bord de la rivière est décrite dans la partie "prairie humide" ci dessous et celle du reste de la prairie dans la partie "prairie sèche et mésophile".


PRAIRIE HUMIDE

État antérieur

Cette partie humide a été tour à tour plantée de peupliers, patûrée et entretenue par tonte. Le sol est profond et fréquemment humide. De plus la zone considérée est inondée chaque hiver.

La végétation était une prairie avec un fort recouvrement de Ray-grass (Lolium perenne) et avait une allure de pâture mésophile (Corine Biotopes : 38.1) (voir tableau). La prairie était très peu diversifiée et composée essentiellement de monocotylédones. Les utilisations antérieures du terrain (pâturage trop intensif, tonte) avaient fatalement mené à cet état. Il semblait que ce terrain était très pauvre par rapport à son potentiel.

La végétation étant fréquemment coupée, des espèces avaient toutefois pu passer inaperçues au moment de l'inventaire initial.


Carte 1 : état initial
Résultats attendus
 

Augmenter la biodiversité de la prairie :

Le but était d'avoir une prairie avec une présence plus importante de dicotylédones et une végétation plus typique des zones humides et des bords des eaux courantes. La présence de quelques buissons épars pour permettre la nidification de passereaux tels que les sylviidés était également recherchée.

La succession végétale ne devra toutefois pas atteindre le stade de la fruticée. Les stades recherchés vont de la prairie à la lande humide. La part de végétation annuelle ou bisannuelle devra donc être importante et sera encouragée par la gestion.

Rendre la zone attractive au public :

Le terrain étant fréquemment humide des aménagements pour permettre l'accès des piétons devaient être installés, à la fois pour protéger le terrain et permettre un cheminement plus agréable. Les chemins pouvaient être renforcés par du calcaire sur les zones les plus sèches ou surélevés sur des pontons ou des caillebotis sur les zones les plus humides. De plus le fait d'observer la végétation à différentes hauteurs est intéressant pour les visiteurs, en "mettant en scène" la nature différemment.


Aménagements réalisés
 


Augmenter la biodiversité de la prairie :

Pour opérer un retour progressif à une végétation plus intéressante, le choix devait s'orienter sur une gestion plus "extensive". Dans ce cas il n'y avait pas besoin d'aménagements à proprement parler. Ceci a été réalisé sur les parties mésophiles et sèches de la prairie. Ces parties se situent dans la pente et en haut de la parcelle. Une fauche annuelle a été mise en place, avec dans un premier temps, l'enlèvement des matières végétales pour appauvrir le sol, notamment en azote.

Sur la partie la plus humide de la parcelle, la végétation initiale n'étant pas intéressante et le fort taux de recouvrement des graminées laissant présager une évolution assez lente. Une méthode plus radicale et plus rapide a été choisie : le tractopelle a été employé pour rajeunir complètement l'écosystème et ainsi faire redémarrer la succession végétale au départ. Le décapage de la végétation a donc été réalisé sur la zone la plus humide et la plus proche de la rivière.

La couche de végétation a été décapée afin de mettre la terre à nu (voir carte 2, ci-dessous). Ce décapage sert juste à arracher les graminées, il ne s'agit en aucun cas d'enlever la terre végétale afin de conserver la banque de semences du sol. La surface décapée correspond aux 2 zones de gestion présentées sur la carte 3.

Ce travail a été réalisé en automne. Sachant que le terrain est inondé chaque hiver, l'espoir a été placé sur les crues pour permettre une recolonisation plus rapide et retrouver une végétation plus typique en apportant des graines.

Rendre la zone attractive au public :

Les terrassements permettant la mise en place des aménagements piétonniers ayant été effectués. Deux pontons et un chemin sur caillebotis ont ensuite été posés.


Carte 2 : aménagements

Gestion réalisée

On peut différencier 2 types de gestions sur la prairie humide (voir carte 3, ci-dessous)

 

Interventions pluriannuelles (zone 1, en jaune) :

Une tonte et un entretien fréquent sont réalisés pour le cheminement piéton. La zone proche du cheminement subit un entretien jardiné : les plantes les plus hautes sont coupées pour permettre aux plantes plus basses de se développer. La prolifération du Cirse des champs (Cirsium arvense) et de l'Ortie dioïque (Urtica dioica) a été limitée par arrachage en profitant de l'humidité de la terre. De l'herbicide a été utilisé au pinceau là où les conditions trop sèches empêchaient l'arrachage.
Ce maintient de zones basses au alentour du cheminement vise à ce que les visiteurs aient une vision plus ouverte et puissent profiter de toutes les strates de la végétation.

Interventions réalisées avec une périodicité annuelle ou supérieure (zone 2, en bleu) :

Cette zone est fauchée avec une périodicité de 1 à 3 ans. Les ligneux, notamment les saules, sont taillées ou détruits. Toutefois, dans cette zone, les cirses (Cirsium sp.) sont coupés plusieurs fois par ans s'ils se montrent envahissants.


carte 3 : zones des gestion

Résultats obtenus

La parcelle a effectivement été inondée tous les hivers suivants, pendant quelques jours.

Le changement d'aspect a été total. La partie la plus humide de la parcelle s'est transformée en mégaphorbiaie, végétation haute typique des lieux humides. Les graminées présentes à l'origine, notamment le Ray-grass (Lolium sp.), semblent avoir été défavorisées par le travail du sol. De plus la hauteur atteinte par la végétation défavorise les espèces de petite taille par manque de lumière.

Vous pouvez apprécier l'évolution de la végétation dans le tableau ci-dessous.

Végétation initiale
Végétation 3 ans après travaux


Espèces dominantes

Ray-grass anglais (Lolium perenne)
Plantain lancéolé
(Plantago lanceolata) photo
Chiendent rampant (Elymus repens)

Autres espèces présentes

Brome mou (Bromus hordaceus)
Brome stérile (
Bromus sterilis)
Cirse des champs
(Cirsium arvense) photo
Cirse lancéolé (
Cirsium vulgare)
Crételle
(Cynosurus cristatus)
Dactyle (Dactylis glomerata)
Pâquerette (Bellis perennis)
Primevère officinale (
Primula veris) photo
Potentille rampante (
Potentilla reptans)
Ray-grass d'Italie
(Lolium multiflorum)
Véronique des champs
(Veronica arvensis)
Trèfle des prés
(Trifolium pratense)
Trèfle blanc
(Trifolium repens)


Espèces dominantes

Cardère sauvage (Dipsacus fullonum) photo
Cirse des champs (Cirsium arvense) photo
Épilobe hirsute (Epilobium hirsutum) photo
Lycope d'Europe (
Lycopus euoropaeus) photo
Liseron des haies (Calystegia sepium)
Menthe aquatique (Mentha aquatica) photo
Ortie dioïque
(Urtica dioica) photo
Reine des prés (Filipendula ulmaria) photo
Rumex petit oseille
(Rumex acetosella)
Salicaire (Lythrum salicaria) photo

Autres espèces présentes

Angélique des bois (Angelica silvestris) photo
Armoise commune (
Artemisia vulgaris)
Berce commune (Heracleum sphondylium)
Brunelle commune (Prunella vulgaris) photo
Bugle rampante (Ajuga reptans) photo
Carex (Carex sp.)
Cardamine des prés (
Cardamine pratensis) photo
Chiendent (
Elytrigia campestris)
Chiendent rampant (Elymus repens)
Cirse lancéolé (Cirsium vulgare)
Compagnon blanc (Silene latifolia)
Conopode dénudé (
Conopodium majus)
Crépide capillaire (Crepis capillaris) photo
Cynodon dactyle
(Cynodon dactylon)
Dactyle
(Dactylis glomerata)
Douce-amère (
Solanum dulcamara) photo
Gaillet croisette (Cruciata laevipes) photo
Galéopsis tétrahit (Galeopsis tetrahit) photo
Houlque molle
(Holcus mollis)
Iris d'eau
(Iris speudacorus)
Jonc sp. (Juncus sp.
)
Lamier pourpre (Lamium maculatum)
Lierre terrestre (Glechoma herderacea)
Liseron des champ (
Covolvulus arvensis)
Lychnis fleurs de coucou (Lychnis flos-cuculi)

Lysimaque commune
(Lysimachia vulgaris)
Lysimaque nummulaire (Lysimachia nummularia)
Millepertuis perforé (Hypericum perforatum) photo
Millepertuis à quatre ailes
(Hypericum tetrapterum) photo
Mouron aquatique
(Veronica anagallis-aquatica) photo
Myosotis des marais (
Myosotis scorpioides
)
Pâturin des prés
(Poa pratensis )
Pensée des champs (Viola arvensis) photo
Picride épervière (Picris hieracioides
) photo
Plantain lancéolé
(Plantago lanceolata) photo
Plantain majeur
(Plantago major)
Ray-grass anglais
(Lolium perenne)
Renoncule rampante (Ranunculus repens)
Renoncule âcre (Ranunculus acris)
Renouée persicaire
(Polygonum persicaria)
Scrofulaire aquatique
(Scrofularia auriculata)
Scutellaire casquée
(Scutellaria galericulata)
Stellaire aquatique
(Myosoton aquatica)
Trèfle des prés
(Trifolium pratense)
Trèfle blanc
(Trifolium repens)
Valériane officinale (Valeriana officinalis)

Verveine officinale
(Verbena officinalis) photo
Violette odorante (Viola odoranta)

Il aurait été bon de considérer également le pourcentage de recouvrement pour chacune des espèces pour avoir une meilleure idée de l'évolution.

La zone 1 (en jaune sur carte 3) fréquemment entretenue, reste à une hauteur faible et permet le développement de la Brunelle commune (Prunella vulgaris), la Bugle rampante (Ajuga reptans), des Carex (Carex sp.), la Menthe aquatique (Mentha aquatica), le Millepertuis à quatre ailes (Hypericum tetrapterum), et des renoncules (Ranunculus sp.).

La zone 2 (en bleu sur carte 3) dans sa partie la plus humide est colonisée par la mégaphorbiaie que l'on peut même caractériser de filipendulaie. On y trouve les espèces suivantes : l'Épilobe hirsute (Epilobium hirsutum), l'Eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), le Lycope d'Europe (Lycopus euoropaeus), la Reine des prés (Filipendula ulmaria), la Salicaire (Lythrum salicaria), et la Valériane officinale (Valeriana officinalis).





PRAIRIE SECHE ET MESOPHILE

Etat antérieur

 

La végétation était une prairie avec un fort recouvrement de Ray-grass (Lolium perenne). Cette partie en pente de la parcelle a été également patûrée puis entretenue par tonte. Les zones mésophiles sont situées en haut de la parcelle et les zones les plus sèches sont dans la pente. La terre est pauvre dans la pente, la végétation reste sous forme de pelouse avec un fort recouvrement de Potentille rampante (Potentilla reptans).

Comme sur la partie prairie humide, la végétation étant fréquemment coupée, des espèces ont pu passer inaperçues au moment de l'inventaire initial.


Résultats attendus
 


Augmenter la biodiversité de la prairie :

Le but était d'avoir une prairie avec une présence plus importante de dicotylédones.

La succession végétale ne devra toutefois pas atteindre le stade de la fruticée. La part de végétation annuelle ou bisannuelle devra donc être importante et sera encouragée par la gestion.

Rendre la zone attractive au public :

Le terrain étant fréquemment humide des aménagements pour permettre l'accès des piétons devaient être installés, à la fois pour protéger le terrain et permettre un cheminement plus agréable. Les chemins pouvaient être renforcés par du calcaire sur les zones les plus sèches ou surélevés sur des pontons ou des caillebotis sur les zones les plus humides. Le fait d'observer la végétation à différentes hauteurs est intéressant pour les visiteurs.


Aménagements réalisés
 


Rendre la zone attractive au public :

Les terrassements permettant la mise en place des aménagements piétonniers ont d'abord été effectués. Deux chemins principaux ont été recouverts de calcaire.

Augmenter la biodiversité de la prairie :

Pour opérer un retour progressif à une végétation plus intéressante, le choix devait s'orienter sur une gestion plus "extensive". Dans ce cas il n'y avait pas besoin d'aménagements à proprement parler. Une fauche annuelle a été mise en place, avec dans un premier temps, l'enlèvement des matières végétales pour appauvrir le sol, notamment en azote.


Gestion réalisée

On peut différencier 2 types de gestions sur les prairies sèches et mésophiles du sentier :
 


Interventions pluriannuelles :

Des chemins piétons sont tondus régulièrement à l'intérieur de la prairie. Les chemins tondus forment un réseau à partir d'une place centrale. Cette place centrale n'est pas tondue mais fauchée dans le but de créer une gestion intermédiaire entre le "tondu régulièrement" et le système de fauche décrit ci-dessous.

Interventions réalisées avec une périodicité annuelle ou supérieure :

Les zones de prairie sont fauchées en fonction de leur évolution. Elles sont fauchées dans les zones qui se densifient un trop, ou qui sont colonisées par des espèces telles que le Cirse des champs (Cirsium arvense) et l'Ortie dioïque (Urtica dioica). Les ligneux et les ronces sont détruits. Les ombellifères séchées sont laissées pour servir aux insectes et araignées (tiges creuses).


Résultats obtenus

Vous pouvez apprécier l'évolution de la végétation dans le tableau ci-dessous :

Végétation initiale
Végétation 3 ans après


Espèces dominantes

Achillée millefeuille (Achillea millefolium)
Chiendent rampant (Elymus repens)
Lotier corniculé (Lotus corniculatus)
Plantain lancéolé
(Plantago lanceolata) photo
Ray-grass anglais
(Lolium perenne)

Autres espèces présentes

Brome mou (Bromus hordaceus)
Brome stérile (
Bromus sterilis)
Cirse des champs
(Cirsium arvense) photo
Cirse lancéolé (
Cirsium vulgare)
Crételle
(Cynosurus cristatus)
Dactyle (Dactylis glomerata)
Luzerne cultivée (Medicago sativa)
Pâquerette (Bellis perennis)
Primevère officinale (
Primula veris) photo
Potentille rampante (
Potentilla reptans)
Ray-grass d'Italie
(Lolium multiflorum)
Véronique des champs
(Veronica arvensis)
Trèfle des prés
(Trifolium pratense)
Trèfle blanc
(Trifolium repens)


Espèces dominantes

Achillée millefeuille (Achillea millefolium)
Cardère sauvage
(Dipsacus fullonum) photo
Chiendent rampant (Elymus repens)
Cirse des champs
(Cirsium arvense) photo
Lotier corniculé (Lotus corniculatus)
Plantain lancéolé
(Plantago lanceolata) photo
Ortie dioïque (Urtica dioica) photo
Ray-grass anglais (Lolium perenne)
Rumex petit oseille
(Rumex acetosella)
Séneçon jacobée (Senecio jacobaea)

Autres espèces présentes

Armoise commune (Artemisia vulgaris)
Benoîte commune
(Geum urbanum)
Berce commune
(Heracleum sphondylium)
Brunelle commune (Prunella vulgaris) photo
Cardamine des prés (Cardamine pratensis) photo
Chiendent (
Elytrigia campestris)
Chiendent rampant (Elymus repens)
Cirse lancéolé (Cirsium vulgare)
Compagnon blanc (Silene latifolia)
Conopode dénudé (
Conopodium majus)
Crépide capillaire (Crepis capillaris) photo
Cynodon dactyle
(Cynodon dactylon)
Dactyle
(Dactylis glomerata)
Gaillet croisette (Cruciata laevipes) photo
Houlque molle (Holcus mollis)
Laiteron des champs (Sonchus arvensis)
Laiteron potager
(Sonchus oleraceus)
Laiteron rude (
Sonchus asper)
Lamier pourpre (Lamium maculatum)

Liseron des champ (Covolvulus arvensis)
Liseron des haies (Calystegia sepium)
Millepertuis perforé
(Hypericum perforatum) photo
Pâturin des prés (Poa pratensis )
Pensée des champs (Viola arvensis) photo
Picride épervière (Picris hieracioides
) photo
Plantain lancéolé
(Plantago lanceolata) photo
Plantain majeur
(Plantago major)
Ray-grass anglais
(Lolium perenne)
Trèfle des prés (Trifolium pratense)
Trèfle blanc
(Trifolium repens)
Verveine officinale (Verbena officinalis) photo
Violette odorante (Viola odoranta)


L'arrêt d'un entretien trop régulier a permis l'apparition d'une pairie plus riche en espèces, notamment la Campanule raiponce (Campanula rapunculus), la Centaurée noire (Centaurea nigra), et le Salsifis des près (Tragopogon pratensis). On trouve également certaines espèces venant de semis type "mélanges prairie" telles que l'Achillée millefeuille (Achillea millefolium) et le Lotier corniculé (Lotus corniculatus).

La faune a naturellement profité de cette végétation, notamment les insectes et les reptiles.

Beaucoup d'espèces d'araignée inféodées aux prairies tolèrent mal leur fauche. Elles ont donc trouvé ici un biotope de choix. L'Argiope frelon (Argiope bruennichi) est bien représenté et atteint une densité importante (jusqu'à 3 toiles par mètre carré). Deux autres araignées fortement "allergiques" à la fauche ont également été trouvées : l'Épeire à quatre points (Araneus quadratus) et l'Épeire feuille de chêne (Neoscona adiantum).

D'autres insectes liés aux prairies hautes sont à signaler : la Grande Sauterelle verte (Tettigonia viridissima), le Conocéphale gracieux (Ruspolia nitidula) et la Mante religieuse (Mantis religiosa) (ces 2 derniers sont protégés en Île-de-France : JORF du 23/07/93).

Le Lézard vert (Lacerta viridis) semble avoir une densité importante. La Couleuvre à collier (Natrix natrix) est fréquemment observée.

Dans la litière près des haies en haut de la parcelle ont été observés : l'Orvet (Anguis fragilis) et la Grenouille Agile (Rana dalmatina).